Diabète et perturbateurs endocriniens : bientôt la fin de l'inertie ?

La Fédération Française des Diabétiques se félicite que beaucoup d’actions concrètes de la proposition #3 de nos Etats Généraux du Diabète et des Diabétiques sur l’impact des déterminants environnementaux sur l’apparition des maladies chroniques comme le diabète soient reprises par le Gouvernement dans la « Stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens 2 »  (Plan d’actions 2019-2022).

Dans cette stratégie nationale,  un engagement fort est pris afin de mieux protéger les citoyens grâce à :

  • une meilleure information,
  • une formation des professionnels de santé en la matière,
  • un renforcement de la recherche pour comprendre et adapter la réglementation.

Plusieurs de ces propositions gouvernementales font écho à celles issues de nos Etats Généraux et nous resterons vigilants sur leur mise en œuvre :

  • la nécessité de refondre la réglementation sur les produits chimiques afin d’harmoniser les interventions et d’optimiser les moyens des différentes agences,
  • un soutien accru à la recherche est aujourd’hui une nécessité. Les actions visant notamment à cartographier les recherches appliquées en santé en cours et développer les projets concernant les effets des perturbateurs endocriniens sur la santé, en particulier pour les personnes vulnérables et les travailleurs exposés, et des outils cliniques pour caractériser et prouver le lien entre anomalies de santé et perturbation endocrinienne sont essentielles,
  • un point d’attention demeure sur les dotations versées à la recherche en la matière en France et en Europe. L’Union européenne a récemment financé à hauteur de 52 millions d’euros le criblage de perturbateurs endocriniens de la thyroïde, du cerveau, des maladies métaboliques et des molécules carcinogènes non génotoxiques*. Nous estimons que moyens ne sont toutefois pas suffisants. Il nous semble nécessaire de mettre en place un grand programme de recherche à l’échelle européenne similaire aux programmes de toxicologie américains dotés de 150 millions de dollars sur les problématiques des perturbateurs endocriniens,
  • la formation des professionnels de santé et des professionnels de la petite enfance sur les perturbateurs endocriniens et en épigénétique est aujourd’hui indispensable. En effet, à la différence des pays anglo-saxons, l’épigénétique ne bénéficie que très rarement d’un enseignement dans le premier cycle des études scientifiques en France. Cette absence est également  préjudiciable pour les médecins et nuit à leur « vision intégrative de la biologie et de la santé »,
  • développer les critères d’identification au niveau européen des perturbateurs endocriniens au-delà des biocides  ou produits pharmaceutiques est une nécessité. Les critères pour identifier un perturbateur endocrinien dans les produits phytopharmaceutiques et les produits biocides ne s’appliquent pas aujourd’hui aux autres secteurs (ex : cosmétique / emballages plastiques). Il est donc nécessaire que le Gouvernement français ouvre des négociations afin de développer au niveau européen des critères d’identification des perturbateurs endocriniens au-delà des biocides ou produits pharmaceutiques.

Cette révolution environnementale entreprise par le Gouvernement démontre une volonté politique forte pour adopter une réglementation protégeant mieux les citoyens, former les professionnels de santé à ce risque, et renforcer les connaissances scientifiques avec un soutien à la recherche accru.
Au travers les différents travaux engagés pour suivre la mise en œuvre des actions proposées avec les Etats Généraux, la Fédération Française des Diabétiques reste pleinement mobilisée pour faire évoluer notre système de santé, et notamment sur la question des perturbateurs endocriniens.   

 * qui n’agissent pas directement sur les gènes, mais participent au processus de cancérogenèse (ensemble de phénomènes transformant une cellule normale en cellule cancéreuse).

Pour rappel
Les impacts de l’exposition aux perturbateurs endocriniens sur notre santé sont de plus en plus montrés du doigt. La Fédération Française des Diabétiques s’est positionnée sur le sujet dans le cadre de ses propositions issues des Etats Généraux du Diabète et des Diabétiques.
L’exposition aux perturbateurs endocriniens et leur influence sur le diabète
À court terme, ce que nous mangeons, ce que nous respirons, ce que nous buvons ou ce que nous faisons influe sur l’expression de nos gènes et peut conduire sur le plus long terme à des modifications de notre métabolisme et ayant un impact sur le fonctionnement de certains organes. Un lien entre exposition aux perturbateurs endocriniens (présents dans notre alimentation, les emballages et dans les produits d’entretien ou les cosmétiques, par exemple) et modifications épigénétiques est de plus en plus suspecté et étudié dans le diabète.
Aujourd’hui, si de nombreuses incertitudes persistent sur les origines des diabètes que l’on sait multiples, il est admis qu’ils proviennent d’interactions entre des gènes et l’environnement. Malgré toutes les incertitudes, l’épigénétique apparaît comme un instrument susceptible de contribuer à la modernisation des politiques publiques de santé.

                                                                                                                                             
En savoir plus :

Stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens 2